Si la Mode a tourné la page, pourquoi la Beauté insiste dans l’hypocrisie anti-âge ?

24 avril 2026 Eva E. 4 min de lecture 150 lectures

On l’a vu sur les runways, en Chanel de Blazy, en Jacquemus ou encore sur les réseaux sociaux: Grey might be the new black.

Pour la Mode, Grey is The New Black.

On voit des femmes sublimes comme la mannequin Stéphanie Cavalli, avec une chevelure d’argent, portées comme égérie par les plus grandes maisons.
Dans la mode, la chevelure grisonnante n’est plus un tabou mais un statement.

BIARRITZ, FRANCE – le 28 avril 2026: Stephanie Cavalli au défilé Chanel Cruise 2026/27 le 28 avril 2026 à Biarritz, France. (Photo by Stephane Cardinale – Corbis/Corbis via Getty Images)

En termes de Culture aussi, la tendance est aux hobbies déconnectés et au matériel analogue. Comme à l’ancienne. Des passe-temps « de grand-mère » tels que le crochet ou la couture reviennent en boomerang chez la Gen Z. On appelle ça la Grandma core. C’est le fait de privilégier des activités qui s’apparentent à ce qu’on associe aux grands-mères : faire les brocantes, de la couture, passer moins de temps sur son téléphone pour vivre le moment présent. C’est romantiser la « slow-life » finalement.

La slow-life, une quête de sens.

Pourquoi ? C’est un signe de quête de sens et d’apaisement chez la Gen Z. Vouloir se retrouver et être ancré dans un environnement où tout parait instable et creux. Privilégier le réel au virtuel, notamment dans la consommation d’arts tels que la musique ou la lecture et même se créer sa propre collection (de CD, vinyles, livres ou magazines) donne le sentiment d’être plus ancré, dans le moment mais aussi dans son identité.

On veut l’expérience, l’authenticité et l’esthétique d’une vie vécue, sans ses petites traces […]. On se croirait dans le scénario de The Substance*

Développer sa maturité culturelle c’est le nouveau cool.

Alors, côté Beauté, ça donne quoi ? C’est plutôt l’opposé. On l’a vu l’an dernier avec les makeovers chirurgicaux extraordinaires de célébrités comme Kris Jenner ou Lindsay Lohan qui sont apparues depuis l’année dernière avec des décennies en moins sur leurs réseaux sociaux respectifs, semblant avoir un filtre – chirurgicalement – intégré au visage. Sans oublier la tonne de produits anti-âge qu’on s’empresse d’acheter dès nos 25 ans à cause de la « grande menace » d’un supposé ralentissement de la production de collagène…

La fatigue de la propagande anti-âge se fait ressentir.

L’incohérence est là. On veut l’expérience, l’authenticité et l’esthétique d’une vie vécue, sans ses petites traces – les ridules, la texture, ou la peau un peu moins pulpeuse.
On nous vend encore des produits « anti-rides » ou « effet filtre » pour se rapprocher d’un idéal inexistant. On se croirait dans le scénario de The Substance*.

En revanche, la fatigue de la propagande anti-âge se fait ressentir : plus de médias en parlent, plus de femmes témoignent. En février 2026, le magazine Vogue France a choisi de mettre en couverture la mannequin iconique des années 2000, Doutzen Kroes, qui leur confiait qu’elle trouvait « important qu’il existe des femmes plus matures dans l’industrie car la beauté n’a pas d’âge ».
On se souvient également du documentaire de Cash Investigation sur le grand groupe l’Oréal et ses revendications produits debunkées par des études indépendantes en laboratoire.

Alors, quand est-ce que le monde de la beauté osera enfin explorer cette niche : les femmes matures de 45 à 65 ans, qui sont épanouies dans leur féminité, dans leur phase de vie mature et affirmée, sans vouloir regarder en arrière.

Mon opinion:

Il est temps pour l’industrie beauté d’être plus « age-positive », la société l’est davantage et de fortes représentations existent déjà : Tracee Ellis Ross, Pamela Anderson, Viola Davis.
Sortir des produits « anti-âge » est daté. Encore maintenant, Lancôme a lancé une nouvelle gamme de produits nommée « absolute longevity » qui viserait à « inverser l’âge biologique de la peau »…en 2026. La capitalisation sur les insécurités générationnelles est en train de s’essouffler pour laisser la place à plus d’authenticité.

Je pense qu’un shift est silencieusement en train de s’opérer dans l’industrie, et les acteurs qui l’auront compris prendront de l’avance.

*The Substance, un film de Coralie Fargeat critiquant la pression et la discrimination liées à l’âge dans l’industrie du divertissement.

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